De l’industrie agroalimentaire à l’aéronautique, en passant par Veolia, Danone ou Eiffage, Alain Chatenet a été témoin et acteur de toutes les grandes mutations de la fonction achat : mondialisation, structuration stratégique, RSE et normalisation internationale. Diplômé de CDAF/ESAP en 1986, il a accompagné l’évolution de la fonction achat, passant d’une logique de gestion de stocks à un rôle stratégique créateur de valeur, intégrant décarbonation, géopolitique et performance extra-financière.
Dans cette interview, Alain partage son expérience, ses principes clés et son engagement pour les achats responsables, offrant un témoignage inspirant pour les professionnels et les nouvelles générations d’acheteurs.
Pouvez-vous vous présenter et nous parler de votre parcours ?
Bien sûr. Je suis Alain Chatenet, j’ai presque 70 ans, j’ai travaillé dans plusieurs entreprises comme Veolia, Danone, Eiffage, ainsi que dans le secteur automobile et aéronautique. J’ai vécu toute la crise de la mondialisation et la délocalisation, surtout à travers la fonction achat. Ma formation initiale est technique : un BTS micro-mécanique et aéronautique, complété par une formation d’agent méthode entretien. J’ai ensuite suivi une formation diplomante en 1986 à la CDAF.
J’ai débuté comme agent de méthode chez Belin, pour gérer les stocks et les magasins de pièces de rechange d’une usine agroalimentaire. Rapidement, je suis passé aux approvisionnements de l’usine, puis aux achats du siège. Au fil du temps, j’ai géré plusieurs de plus en plus d’usines, optimisant la productivité par les fusions et l’établissement des contrats d’achats. Ensuite, j’ai élargi mon champ avec des achats dans des domaines variés comme les véhicules avec les DRH ou les achats du marketing et les investissements industriels, toujours avec un esprit d’ouverture, de partage et d’innovation.
Aujourd’hui je suis à la retraite mais je donne des cours à l’INSEEC (responsable du parcours achats et supply chain) et d’autres universités toujours autour des achats et des bonnes pratiques. J’ai toujours envie de transmettre et partager mes connaissances et d’aider les nouvelles générations à se développer.
Pourquoi avoir choisi de suivre une formation chez CDAF ?
À l’époque, j’étais déjà membre du comité directeur de la CDAF en Île-de-France, qui était encore une association. Il était naturel pour moi de passer des méthodes aux achats et de suivre la formation en cours du soir.
Cela m’a permis de consolider mes connaissances et de me tenir informé des évolutions de la fonction achat (à l’époque, on parlait d’approvisionnement dépendant de la production) J’ai donc vécu de l’intérieur toute l’évolution de la CDAF, qui s’est ensuite scindée en Conseil National des Achats et CDAF Formation / ESAP.
Comment avez-vous vécu l’évolution de la fonction achat ?
Au départ, la fonction achat consistait surtout à gérer des stocks et négocier par le volume des prix. Progressivement, elle a intégré la logique des flux physiques(stock et logistique), des flux financiers (achats et contrats) et des flux de données avec la supply chain, pour ensuite négocier les aspects financiers et stratégiques. Aujourd’hui, au-delà des bilans financiers et du bilan social elle doit aussi prendre en compte le bilan carbone et la RSE. Le métier évolue du financier vers l’extra-financier : il ne s’agit plus seulement de réduire les coûts, mais aussi de mesurer l’impact social, sociétale, environnemental et économique. Les concepts des impacts directes et indirectes (scope 1, 2 et 3) permettent d’évaluer l’empreinte carbone des achats.
Un principe fondamental que j’ai toujours appliqué se poser toujours les mêmes questions : « make or buy » et « in or out » : décider ce que l’on produit en interne ou ce que l’on externalise, et ce que l’on garde en contrôle ou non. Cela aide à structurer la stratégie achat et à prioriser les investissements.
Pour expliquer cette approche aux équipes, j’utilise souvent la métaphore du feu tricolore :
- Vert : on peut aller vite, l’acheteur intervient mais le processus est fluide (la liberté).
- Orange : attention, certaines décisions demandent vigilance et coordination (les risques).
- Rouge : stop ! Ici, l’intervention est critique, il faut analyser avant d’agir (lois, réglementations).
Quant à l’arrivée de l’IA dans les achats, elle permet d’automatiser une grande partie des tâches administratives et d’optimiser les processus, ce qui peut faire gagner jusqu’à 24 % de temps aux acheteurs. Mais le rôle humain reste central : comprendre les risques, collaborer, et créer de la valeur avec les fournisseurs pour devenir des partenaires.
Pouvez-vous nous parler de l’OBSAR ?
En 2008, après la crise économique, j’ai fondé ma société CARSE pour promouvoir la RSE et les achats responsables. Avec Pierre Pelouset, l’OBSAR a été créée pour rapprocher les achats publics et privés et sensibiliser les entreprises aux bonnes pratiques durables. Nous avons développé un baromètre achat responsable et contribué à la création de normes nationales (NFX 50135-1 et NFX 50135-2) et ensuite la norme ISO 20400 internationale en impliquant le Brésil et les États-Unis pour une approche globale et mondiale. L’objectif était de rendre les achats responsables concrets et mesurables. Nous avons travaillé rapidement pour obtenir des résultats et avons mené des actions concrètes, comme des groupes de travail pour mettre en avant les bonnes pratique et un Tour de France du développement durable avec la médiation et les CCI pour faire connaitre la démarche.
Quel regard portez-vous sur la nouvelle génération d’acheteurs ?
Aujourd’hui, beaucoup se concentrent uniquement sur la rémunération. Ils oublient l’impact sur la société. À mon sens, un acheteur doit contribuer significativement à la marge (net et brut) de l’entreprise et à la valeur sociale. Transmettre mon expérience est donc essentiel : montrer que les achats ne se résument pas à des transactions, mais qu’ils jouent un rôle stratégique basé sur l’humain par la confiance et l’éthique.
Et comment voyez-vous l’avenir de la fonction achat ?
Elle devra intégrer la décarbonisation de la sous traitance, tenir compte de la géopolitique, passer à une approche par continent et mesurer l’impact territorial (économie circulaire, circuit court, bilan carbone, reverse logistique). Les acheteurs devront gérer la non-dépendance aux ressources naturelles pour limiter les risques, optimiser les relations fournisseurs, contribuer à la durabilité de la supply chain et à la valeur globale de l’entreprise.
En parallèle, il est crucial de rester connecté à la réalité : comprendre les informations, se limiter aux données utiles, savoir établir un diagnostic pour ne pas se laisser absorber par le numérique. Les valeurs humaines, la confiance et l’empathie restent au cœur du métier.
L’apprentissage au service de la fonction achat
Comme Alain Chatenet, maîtrisez les fondamentaux et accompagnez l’évolution de la fonction achat. Formez-vous avec CDAF et développez vos compétences stratégiques, RSE et supply chain pour devenir un acheteur complet et engagé. Découvrez nos formations achat et lancez votre parcours dès aujourd’hui !