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Achat Public: Si on supprimait le « sacro-saint » critère technique ?

ACHAT PUBLIC: SI ON SUPPRIMAIT LE « SACRO-SAINT » CRITÈRE TECHNIQUE DANS LE PROCESSUS DE SÉLECTION FOURNISSEUR ?

Nous rencontrons toujours en formation auprès des acheteurs publics ce fameux critère technique. De ce que nous avons pu observer, ce critère représente entre 20% et 70% du choix en fonction des typologies d’achats et des organisations, il a donc un poids conséquent dans la sélection du fournisseur.

En regardant en détail, nous notons trois invariables :

  • Il est toujours présent quelque soit la typologie d’achat
  • Cette notation est réalisée quasi-exclusivement par les prescripteurs
  • Ce critère évalue les moyens ou la technologie que compte mettre en œuvre le fournisseur, pas le résultat.

On a tous les ingrédients réunis pour perdre en objectivité…

Pourquoi ne pas définir notre besoin en terme de fonctionnalité, c’est à dire en répondant à la question : A quoi cela sert ? Plutôt que de décrire le : Comment cela est fait ?

La réglementation marchés nous permet d’ailleurs l’utilisation de la spécification fonctionnelle du besoin.

Raisonner sous forme fonctionnelle conduit à évaluer le couple produit/fournisseur sur le résultat à atteindre et non sur les moyens à mettre en place pour y arriver.

En définissant notre besoin sous forme technique « Comment cela est fait » et en évaluant les moyens que comptent mettre en place les fournisseurs pour y arriver nous laissons une part de subjectivité dans le processus de sélection.

En effet, si les moyens (technologies, processus…) que compte mettre en place un fournisseur ne sont pas ceux que votre prescripteur aurait choisi, il y a fort à parier, compte tenu du poids de ce critère, que ce fournisseur ne soit pas sélectionné…Alors que celui-ci aurait très bien pu s’engager sur des résultats et apporter des garanties.

L’utilisation de ce critère technique est pour nous encore plus énigmatique lorsqu’il s’agit de produits standards. Nous avons d’ailleurs eu l’exemple sur l’achat d’une flotte de petites citadines…

Alors que pour les achats standards, la réglementation marchés prévoit que l’acheteur peut retenir un critère unique qui peut être soit :

  • Le prix, à condition que le marché public ait pour seul objet l’achat de services ou de fournitures standardisés dont la qualité est insusceptible de variation d’un opérateur économique à l’autre ;
  • Le coût, déterminé selon une approche globale qui peut être fondée sur le coût du cycle de vie au sens de l’article 63.

Nous avons rarement, vu en pratique l’utilisation d’un seul critère, qui plus est un critère financier.

En raisonnant non plus en moyens mais en résultats à obtenir, nous pouvons de plus éviter la sur-qualité en ciblant des résultats sur les 5 dimensions du besoin, en pratique cela amène en « transformer » nos attentes du critère technique en les ventilant sur ces dimensions, à savoir :

  • Coûts
  • Niveau de service
  • Sécurisation de l’activité
  • Innovation
  • Qualité

En fixant avec mon prescripteur les attentes et le poids de ces dimensions, je peux ensuite pour chaque résultat à obtenir, définir un indicateur, sa formule et sa fréquence de calcul.

Je peux ensuite fixer des seuils minimums à atteindre pour chacun.

Ces éléments me serviront tout au long du marché : sélection fournisseur, suivi du marché et retour d’expérience auprès du prescripteur avec à chaque fois des données objectives…

Cela ne fait que d’excellentes raisons de transformer ce fameux critère technique.

Ronan Hascoët & Thomas Pollet-Rouyer